02.10.2009
Super nom!
Mes parents que j’aime m’ont donné un drôle de nom.
Je les aime quand même, voyez à quel point ce sentiment est profond et loyal !
J’ai donc un nom complètement, totalement, définitivement, désespérément, absolument, profondément :
1. basque (alors qu’il n’y a pas un Basque dans mon arbre généalogique)
2. à consonance arabe (alors qu’il n’y a pas un Arabe dans mon arbre généalogique)
3. imprononçable en n’importe quelle autre langue que le français.
Le fait que ça soit basque, ce n’est pas trop grave. Finalement, ça ferait même un peu exotique, et puis les gens du sud-ouest me voient arriver de loin.
La prononciation pose d’autres soucis. Ainsi, lors de la remise de mon diplôme aux Etats-Unis, je n’ai pas compris que c’est moi qu’on appelait. Il a fallu que quelqu’un me pousse, et j’ai alors réalisé que ces gens avec qui j’avais vécu tant d’heures intenses et noué de tels liens d’amitié n’avaient pas la moindre idée de comment je m’appelais. Je vous jure, ça fait bizarre. Ça s’est reproduit après : une de mes meilleures amies est hongroise, on s’aime de toutes nos forces, mais elle ne m’a jamais appelée – trop peur de gaffer. Je m’en suis aperçue au mariage, quand elle a été obligée de dire mon nom pour la première fois – pas l’écrire, le DIRE. C’était super mignon. (Notez que je suis beaucoup moins délicate qu’elle et que je charcute probablement son adorable prénom à chaque fois que je le prononce)
La consonance arabe a été la source de bien des regards sourcilleux aux États-Unis et d’un entretien d’embauche pour un poste (qu’étonnamment je n’ai pas eu, mais c’est pas grave, hein !) à graver dans les annales :
Future patronne potentielle (FPP) : « aaaah… alors vous vous appelez Guduleh Schmurtzeh, et vous me marquez que vous êtes française… vous êtes déjà allée au Moyen-Orient ?
Moi : Euh non, mais j’aimerais bien par contre.
FPP : Et en Afrique du Nord ?
M : Une fois, au Maroc. Pourquoi ?
FPP : Oh, pour rien, pour rien… et vous êtes née en France ?
M : euh… oui… pourquoi ?
FPP : non non, c’est juste pour savoir. Et vos parents ?
M : ben… oui…
FPP : et vos grands-parents ?
M :!!!!!!!!?????!!!!! »
Vous me direz, tout ça c’est du passé, on s’en fout, maintenant je vis dans un pays arabe, alors la consonance de mon nom, hein, bon.
Erreur.
Parce que si en basque l’association de mon prénom et de mon nom signifie « bien-aimé serviteur de Dieu », en libanais ce serait plutôt « morte éternellement ».
Genre.
À se demander si mes parents ne l’auraient pas un tout petit peu fait exprès.
21:15 Publié dans En route, moussaillon! | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
01.10.2009
Scène de ménage
Récapitulons :
Récemment, je me suis mariée à l’homme de ma vie que c’est un Seb (c’est bien) et qu’il a plein de qualités exceptionnelles, c’est normal, c’est l’homme de ma vie (cqfd).
Avec mon mari tout neuf, mon Chum, quoi, ils nous arrive cependant de ne pas être d’accord. Par exemple, je lui dis que nous avons dans le jardin parental le seul cèdre de toute la rue qui porte son nom, et il me dit que non, c’est pas un cèdre.
Franchement.
Il serait cependant dommage de mettre à mal notre toute jeune union pour un prétexte aussi trivial. C’est pourquoi j’ai décidé de façon tout à fait unilatérale de partir au Liban voir à quoi ça ressemble UN CÈDRE.
Comme mon amoureux est exceptionnel, il a dit « oooooh mais quelle trop bonne idée qu’elle est trop bien, vite vite vite allons voir. »
Après les aventures cambodgiennes, américaines, autrichiennes, québécoises et un peu chinoises, je vous invite donc à nous suivre au Liban. Mais c’est juste pour voir à quoi ça ressemble un cèdre, comprenez-nous bien. J’espère qu’en deux ans nous aurons suffisamment de temps pour résoudre cette énigme.
20:36 Publié dans En route, moussaillon! | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
18.08.2009
Les escaliers de Montréal
Il monte, il tourbillonne, il s’enroule, en noir, en rouge, en bleu. Parfois austère, souvent délirant, en forme de soleil, en dentelle de fer forgé. Caressé par les feuilles, enfoui sous la neige, baigné par le soleil : celui de Montréal est un résistant.
Souvent très vieux, un peu rouillé, pas facile d’entretien, il se fait regarder de travers. Son cousin d’aluminium est quand même plus pratique ! Sans peinture ni souci, si facile à changer, il se fait oublier. Pas compliqué d’ailleurs, quand on est anonyme…
Du bout de sa rambarde à la pointe d’une marche, il est absurde et il l’assume. Qui pouvait deviner qu’un pays de verglas abritait en son sein tant de maçons poètes ? Il a dû faire hurler, ce clown invétéré qui part dans tous les sens et ne ressemble à rien. L’idéal victorien peut bien se rhabiller : la folie de la ville se lit sur ses façades.
Il en a vu passer, du beau monde et du laid. Dévalé par les enfants, gravi par les vieux, il a fait vivre les familles, les ouvriers, les étudiants. Les 1er juillets sont sûrement sa hantise : il en devient tortueux. Aimeriez-vous être écrasé, à date fixe et tous les ans, par des frigos et des pianos ?
Celui de Montréal continue sa bataille. Regroupé en quartier, protégé par la Ville, il peut se croire sauvé. Quand il est isolé, devenu bizarrerie, il jette sous nos pas toute sa folie forgée. Refus du morose, clameur d’identité, l’entendez-vous, le voyez-vous, quand il lance aux visages ses marches en vertige ?
02:30 Publié dans Les Belles Histoires d'Hortense die Eule | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.06.2009
Ma déclaration
La vie qui coule dans tes rues. Tes couleurs, sur les murs, les gens, les peaux. Toutes tes langues, toutes tes cuisines, tous tes gens qui vivent ensemble, qui se mêlent et se mélangent, et se parlent. Tes cyclistes et tes piétons qui circulent sur des voies défoncées, et qui compostent dans leurs cours et sur leurs balcons. Tes marchés qui fredonnent et qui dansent, entre les étals de fraises du Québec, les meilleures merguez en ville, le vin de glace et les fleurs débordantes. Ta jeunesse qui s’affale sur les pentes du Mont-Royal, et qui danse au rythme des tam-tams. Tes quartiers identitaires, tes relents de snobisme, tes festivals dans la rue, tous ces artistes qui te créent.
Montréal.
J’aime tes balcons, tes escaliers à l’extérieur, ces défis quotidiens à l’hiver. J’aime te regarder d’en haut, te prendre pour une forêt urbaine, compter tes arbres et chaque fois abandonner. J’aime les trous dans tes routes, tes restaurants un peu miteux, j’aime tes friperies, tes épiceries. J’aime tes mafieux qui hantent St-Laurent ou Crescent selon leur allégeance. J’aime tes habitants, ceux qui parlent fort, ceux qui parlent bizarre, mais qui jamais ne se manquent de respect. J’aime que tu fasses fi des couleurs, des accents et des traditions, que tu nous regroupes tous sous ton nom : Montréalais.
Montréal, ma ville, mon havre, mon port. Tu n’es pas belle, pas époustouflante. Rien dans tes rues n’attrape le regard. Tes bâtiments tentent le sublime et se font écraser. Ton âme n’est pas dans les pierres, à peine dans les briques. Ton âme est dans le bric-à-brac, le jeté là par hasard, dans tout ce qui n’est pas calculé. Dans tes ruelles plus que dans tes rues.
Montréal. Je te quitte mais je t’aime. Mon village, mon marché, ma maison, ma famille. Je te quitte et mon cœur pleure, je te quitte parce que le monde est grand, je te quitte, mais je reviendrai. Promis. Je t’appartiens.
02:28 Publié dans En route, moussaillon! | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
20.04.2009
L'administration québécoise (2)
Lundi matin, le roi, la reine et le p’tit prince… ne vous accompagnent pas sur le boulevard, parce qu’ils ont autre chose à faire (vous aussi !). Fraiche et pimpante, le dossier complet sous le bras, vous vous rendez au Ministère (1 bus, 1 métro, 500 mètres de marche au bord de l’autoroute sous une pluie de neige fondante). Vous arrivez à 10h30, vous faites la queue pour prendre un ticket, et là une dame d’une ineffable amabilité vous accueille avec le sourire propre aux gens de ce département… et vous donne un ticket.
Youpi ! Un ticket ! Les portes de la reconnaissance des diplômes s’entrouvrent !
Mais avant de sauter partout pour célébrer ce grand moment, il va falloir attendre qu’un agent se libère et qu’il appelle le numéro inscrit sur votre ticket.
Alors vous attendez.
Vous attendez.
Vous attendez.
Vous attendez encore.
Vous attendez toujours.
Jusqu’à ce qu’enfin, le numéro s’affiche. Le 98 H ? Mais je ne rêve pas, c’est bien moi ? Youhou !! Seconde étape de franchie, le plus dur est fait !
Ha, ha. Petite ingénue. L’agent ne peut pas traiter votre dossier. Pourquoi ? Est-ce parce qu’il y manque des pièces ? Non non. L’agent ne peut pas traiter votre dossier parce que vous êtes arrivée à 11h02 (l’heure sur le ticket faisant foi) et qu’on n’accepte plus les dossiers à partir de 11h00.
Non, on ne peut pas négocier pour 2 minutes. L’heure c’est l’heure.
Et non, on ne peut rien dire à l’employée de la réception qui vous a donné de faux horaires et fait attendre pour rien parce que ce n’est pas le même service. Non, le fait qu’elle soit assise juste à côté de l’agent ne change rien, on ne peut pas lui parler, elle est virtuelle. Et ça ne sert à rien de s’énerver, Madame. Revenez plus tard. Oui, nous sommes ouverts cette après-midi à partir de 13h00. Non, il n’y a pas de restaurant ou de chose à faire dans le quartier. Attendez. Après tout, vous commencez à avoir l’habitude.
Mais je peux vous promettre qu’à 12h59 vous saisissez le premier ticket émis pour l’après-midi – cette fois ils ne vous auront pas ! Et quand l’agent (qui est en retard évidemment, personne n’arrive avant 13h30) appelle votre numéro vous lui sautez dessus. Il prend votre dossier. Vous vous croyez libre.
Erreur. Ce diplôme des États-Unis, là, c’est quoi ? Comment ça « la même chose, le même nom, le même programme qu’au Québec » ? Il va falloir à l’agent le relevé de notes dans une enveloppe SCELLÉE. Non, le relevé original que vous avez avec vous ne convient pas, il n’est pas dans une enveloppe SCELLÉE. Non, on ne peut pas le mettre dans une enveloppe comme ça il faut qu’elle soit SCELLÉE. Demandez à l’université de nous l’envoyer. Le tout prendra 14 semaines à partir du moment où nous aurons rentré les documents dans le système, ce qui sera fait sur réception de l’enveloppe SCELLÉE et prendra environ 6 semaines. Et ça fera 250$, payable tout de suite, nous n’acceptons pas les cartes de crédit.
Merci, bonsoir!
02:24 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'administration québécoise (1)
Je vous ai entendues.
Ne mentez pas, je le sais, je suis quasiment omnisciente, mes amies, avouez, car faute avouée est à demi pardonnée (amen – oups).
Vous avez dit du MAL de l’administration française.
Hahaha ! Vous rougissez ! Votre embarras vous dénonce !
Mais, petites pécheresses, laissez-moi vous dire une bonne chose : vous n’y connaissez RIEN. Parce que qui n’a pas affronté la bureaucratie canado-québécoise n’a pas la moindre idée des possibilités infinies qui s’offrent à la fonction publique pour vous empoisonner l’existence.
Par exemple, vous apprendrez que les dossiers d’immigration que vous envoyez à l’ambassade (Avenue Montaigne, quand même) sont dotés de petites jambes. Si si, je vous assure. Je ne sais pas combien, je ne les ai jamais vues, mais je sais qu’elles existent. C’est la seule explication plausible à cette énigme autrement insoluble : comment un dossier reçu par la réception (qui a bien signé le papier de Monsieur Fedex) peut-il mettre 6 mois pour gravir les escaliers qui le séparent encore du premier étage du bâtiment, où il sera traité ? Et surtout, au bout de 6 mois, comment se fait-il qu’une seule partie du dossier que vous avez envoyé en entier finit par arriver, pendant que l’autre met 2 mois de plus ? Et bien c’est SIMPLE : les petits documents montent chaque marche avec leurs petites jambes, c’est long et fastidieux, et certains sont plus sportifs que d’autres alors ils vont plus vite.
N’essayez pas cependant d’exposer cette théorie quand vous réussissez à parler à quelqu’un de l’ambassade au téléphone. Étrangement, ça ne les fait pas rire du tout.
Vous me direz que ça ne prouve rien, après tout, canadien ou pas, quand on est situé Avenue Montaigne on est quand même un peu français.
Permettez-moi de contrer cette crise de mauvaise foi en vous donnant un exemple tiré directement du boulevard Crémazié à Montréal, juste sous la bretelle d’autoroute (moins glam que l’avenue Montaigne) : Le Ministère de l’immigration et des communautés culturelles. Oh yeah.
Admettons que, jeune immigrée pleine d’ambition et de qualifications mais néanmoins sans emploi, vous décidiez (pas tout à fait de votre plein gré, mais c’est accessoire) d’aller faire reconnaître vos diplômes pour qu'ils reçoivent une équivalence officielle dans le système éducatif québécois. En l’occurrence, l’un d’entre eux a été obtenu aux États-Unis, qui a exactement la même structure universitaire que le Canada, mais bon.
Comme les dessous des autoroutes vous intéressent moyennement, vous appelez avant de vous y rendre, histoire de ne pas y aller pour rien. Un monsieur d’une ineffable amabilité vous répond.
« Bonjour charmant monsieur dont la voix m’agréé l’oreille, j’espère que la journée vous est douce, tralala, pourriez-vous s’il-vous-plaît me dire jusqu’à quelle heure je peux venir déposer mon dossier ?
- 16h30 » tzouing. Non vous ne rêvez pas, il a raccroché, le rustre. En plus il n’a même pas pris la peine de dire ses chiffres en toutes lettres. Ça commence fort.
Mais vous ne perdez pas espoir et, fraiche et pimpante, le dossier complet sous le bras, vous vous rendez au Ministère (1 bus, 1 métro, 500 mètres de marche au bord de l’autoroute sous une pluie de neige fondante). Vous arrivez à 15h30, vous faites la queue pour prendre un ticket, et là une dame d’une ineffable amabilité vous accueille avec le sourire propre aux gens de ce département.
« C’est trop tard ! aboie-t-elle. Le dépôt des dossiers c’est jusqu’à 15h15 ! Revenez lundi !
- Euh ? »
Bon. Tout ça pour ça. Vous demandez à la dame si elle veut bien vous donner les heures d’ouverture les VRAIES cette fois, merci, et puis-je vous emprunter votre stylo pour le noter et non promis je ne le contaminerai pas avec tous ces germes venus de mon pays qui n’est pas le vôtre et je vous jure que je vais vous le rendre ce satané stylo mais enfin lâchez-le ?
Bon. À lundi alors.
02:23 Publié dans En route, moussaillon! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
